Emery : des questions, pas un lynchage.

par Dave  -  26 Septembre 2016, 06:54  -  #coup de gueule

Emery : des questions, pas un lynchage.

Je lisais un tweet hier sur Unaï Emery où il était question de "Il se fait massacrer par la presse". Ce tweet trouve une résonnance avec "Les consultants franco-français n'auraient jamais fait cela avec Blanc" ou "Comme il est étranger, le corportisme français le casse".

 

Au delà du manque de mémoire évident de certains- il suffit de reprendre quelques articles sur Blanc, pas seulement après le fiasco du retour contre City, pour se rendre compte qu'il a également eu son lot de critiques sacrément violentes de la part des Riolo, Roustan et autres Larqué, on peut s'interroger sur notre capacité à poser des questions sans être traité de tous les noms.

 

Les différents forums consacrés au PSG (ParisTeam, Parisfans, CanalSupporters...) mettent en ligne des articles plutôt favorables à Unaï Emery, ce qui est logique car si on supporte une équipe, on essaye au minimum de la défendre, même (et surtout) dans la défaite. Mais si vous  osez émettre un doute sur la méthode Emery, sur sa gestion du cas Ben Harfa ou sur son coaching, vous pouvez être sûr d'avoir les réponses les plus "imagées" et non pas une amorce de discussion qui pourrait pourtant apporter un peu plus que "Blanc c'est une fiotte" ou "T'en dis des conneries, toi".

 

Le soucis d'Emery est qu'il paye les erreurs d'un staff parisien qui a fait un peu n'importe quoi ces derniers mois.

 

Ainsi, ne pas remplacer un joueur qui marquait en moyenne 40 buts par an et, qui plus est, était un véritable leader sur le terrain, capable de coup de gueule monstrueux qui réveillait forcément son équipe. Le fait que l'on ait été incapable de remonter le score quand on fut mené à Monaco et Toulouse (alors qu'il restait du temps) et qu'au contraire, on a donné la balle de break à l'adversaire montre bien qu'il manque désormais un aboyeur capable de remotiver les troupes. Pourtant des matchs gagnés à 10 contre 11, on en a eu pléthore et pas des moindres : 1/8e contre Chelsea, finale de la coupe de la Ligue contre Lille, match de championnat contre Marseille ou (encore) Lille... Là, aucun sentiment de révolte.

 

Ainsi, avoir pardonné très rapidement à un joueur qui a insulté une partie de ses co-équipiers et son entraîneur. Aurier, car c'est de lui qu'on parle, a salement dérapé. Mais il est resté dans l'équipe et nous a planté contre City. C'était la volonté de Nasser que de le faire jouer sur ce match capital. Le joueur se flatte d'ailleurs de bénéficier de la "protection" du boss. A l'inverse, un David Luiz, même s'il n'est pas exempte de reproches sur le terrain, a toujours été exemplaire comme co-équipier a été vendu à la surprise générale.

 

Ainsi, avoir viré un entraîneur qui avait tout gagné après l'avoir prolongé 2 mois auparavant. Les 22 millions (sans compter les charges sociales qui vont avec) n'auraient-ils pas été mieux employés pour recruter un top joueur ? On a vu que Neymar au PSG n'était pas si utopique, mais cette piste a été mal exploitée également. Bien entendu, le départ de Blanc fut une chance pour Emery de venir entraîner Paris et il n'en est aucunement responsable. Mais la gestion du cas Blanc a été catastrophique, ridicule même et montre bien que le staff est dans l'amateurisme.

 

Ainsi avoir des joueurs clés comme Pastore et Verratti régulièrement blessés ! Là, c'est la partie médicale qu'il faudrait pointer du doigt, mais il y a clairement un gros soucis. Personne n'en parle, mais les matchs sans Verratti, comme à Toulouse, on voit clairement le déficit au milieu. 

 

Emery est donc arrivé dans une équipe qui perd son joueur phare, qui ne compte que sur Edison Cavani comme buteur pur, qui voit tous ses repères bousculés à cause du caprice (car c'en fut un) de son propriétaire.

 

Comment alors pouvait-on avoir un bon début de saison ?

 

Car là aussi, soyons honnête : sur 9 matchs officiels, on a connu 5 victoires, 2 nuls, 2 défaites. Et sur les 5 victoires, 1 seule a été acquise contre un "concurrent", Lyon. Et si on veut vraiment se faire du mal, il suffit de voir les résultats de Lyon cette année pour se dire que les battre lors du trophée des champions n'était pas un si grand exploit. 

 

Chaque fois qu'une équipe qui prétend jouer dans la même cour que nous en L1 a affronté Paris, elle s'en est sorti. Monaco et Toulouse sont devant nous au classement, St Etienne nous talonne. Quand à Arsenal, ils ont obtenu le point dans ce qui sera sans doute le match le plus difficile de leur poule. Et quand on voit comment ils montent en puissance (Chelsea explosé 3-0, ce n'est pas rien), on peut craindre pour la première place de la poule en décembre prochain. Paris est déjà le dos au mur, il faut gagner tous les matchs contre Bâle et Ludogorets avant d'aller s'imposer en Angleterre.

 

Sur ce mauvais démarrage, Emery n'est pas seul responsable. Les joueurs ont leur part également. Manque d'implication, absence de combativité, vendange devant le but, repli défensif approximatif... Si on y ajoute des joueurs sur courant alternatif (Lucas, Di Maria, Cavani), d'autres ayant du mal à assumer le changement de style (Matuidi notamment, mais qui ne se retrouve pas à sa place) et des recrues qui ne jouent (presque) pas comme Jessé, on a un coktail détonnant d'une équipe qui n'est pas aussi conquérante, ambitieuse et investi dans le projet.

 

Je passe rapidement sur le cas Ben Harfa, écarté durant 4 matchs sans que l'on sache vraiment pourquoi (on a surtout lu des "on dit", des supputations) . On peut se demander pourquoi il n'est pas au minimum sur le banc lors des matchs. "On dit" qu'il ne se défonce pas assez à l'entrainement. Mais, de vous à moi, vous préférez un joueur qui donne tout à l'entrainement ou sur le terrain ? Les deux seraient l'idéal, mais personnellement, je préfère un joueur qui arrache tout lors des matchs.

 

Si les joueurs ont une énorme part de responsabilité, Emery a aussi la sienne. Ce n'est pas le lyncher, c'est se poser des questions.

 

Tout d'abord, pour le dédouaner, l'attente démesurée que certains ont mis en lui n'a pas aidé. Si l'on prend les commentaires qui ont suivi sa nomination, on ne trouvait que des louanges qui viraient parfois au mystique. Très peu de gens se sont interrogés sur sa valeur réelle. La caution des 3 Europa League gagnées de suite avec Séville a tout emporté. Pourtant, certains signes pouvaient être inquiétants : aucune victoire à l'extérieur en Liga l'an dernier dans un championnat qui ne compte pas que des Barça et autre Madrid, des cascades de buts encaissés et des places souvent peu en accord avec un statut de favori en fin de saison. Mais nous disait-on c'est parce qu'il n'avait pas une top équipe.

 

Bien entendu, il faut toujours laisser le temps au temps, même dans notre époque ultra médiatisée, où tout doit aller vite , très vite. Un match réussi et hop Dupraz est l'équivalent de Gardiola (alors que la réussite de Toulouse est passée par deux erreurs de Paris) ! Bienvenue dans le monde 2.0.

 

Au rayon question, on peut s'interroger sur la gestion des joueurs par Unaï. Pour lui, il n'y aurait pas de titulaires ou de remplaçants, mais que tout le monde est concurrent. Trapp en a d'ailleurs fait l'expérience. Titulaire lors des 5 premiers matchs, il a été remplacé par Aerola pour les 4 suivants, mais sans qu'il y ait vraiment de logique. Dans le passé, la hiérarchie était bien définie : le gardien 1 joue la L1 et la C1, le gardien 2 les coupes nationales et il remplace le 1 en cas de blessure.

 

Personnellement, je trouve cela plus sain car un joueur a besoin de savoir quand et où il joue. On me rétorque que ce système empêche les joueurs de s'endormir sur leurs lauriers. Peut être, mais il peut aussi casser leur confiance. Et un joueur qui doute est un joueur en danger. Là où Blanc faisait confiance y compris à des mecs au fond du trou (Cavani, mais aussi T.Silva à son retour de la coupe du monde), Emery donne l'image d'un coach autoritaire et dont le statut des joueurs dépend de son bon vouloir. Effectivement, on n'est pas habitué à cela en France. Un Gardiola ou un Mourhino font parfois pire ! Mais un bon manageur est-il celui qui humilie ses équipes ? Obtenir des résultats par la peur, cela ne marche qu'un temps. Discuter, comprendre, c'est la base de tout travail d'équipe. Et je parle là en tant que personne qui doit "manager" une douzaine d'enseignants, des Atsem, des personnels extérieurs.. 

 

Son coaching ? J'avoue ne pas le trouver toujours lisible. Pourquoi garder un Aurier catastrophique et déjà sanctionné d'un jaune pour la 2e mi-temps ? Pourquoi avoir autant laisser reculer les joueurs contre Arsenal en 2e mi-temps ? Pourquoi ne pas faire rentrer de l'offensif quand on est mené ? J'ai parfois l'impression qu'Emery est dépassé et ne parvient pas à s'adapter aux circonstances contraires d'un match. C'est ce que l'on reprochait à Laurent Blanc, non ? subir les évènements dès que cela partait quelque peu en sucette. Or, j'ai souvenir d'un match contre Marseille où, mené 1-0, réduit à 10, Blanc faisait sortir un défenseur pour remettre un attaquant. Perdu pour perdu, autant tenter le tout pout le tout. Au final, victoire 2-1 !

 

Contre Toulouse, il a fait pas mal d'erreurs. Aurier, je l'ai déjà dit. Puis Motta. L'Italien est clairement cramé et il y avait d'autres options sur le banc. Bien entendu, Motta n'a pas fait exprès de louper sa passe qui amène le but du break. Mais pourquoi ne pas mettre plutôt un attaquant supplémentaire ? Jessé, il sert à quoi ? Enfin, j'ajoute que sa sortie sur l'arbitrage était totalement déplacée. Quand Aulas le fait, tout le monde le critique à bon escient. Là, cette sortie idiote n'a pas vraiment été commentée.

 

C'est à la fin du bal qu'on paye les musiciens. C'est donc à la fin de l'année que l'on saura si Paris est premier de sa poule de C1. C'est à la fin de la saison que l'on saura si on est champion pour la 5e fois consécutive. C'est en mai prochain que l'on saura si, enfin, Paris ramène la C1 en France.

 

Mais ce n'est pas faire preuve de lynchage que de poser des questions. S'interroger, douter même ne veut pas dire que l'on crache sur Emery, qu'on veut sa peau au prétexte qu'il n'est pas français. C'est justement parce qu'on veut qu'il réussisse, et par conséquent, que Paris réussisse que l'on doit se demander si la méthode Emery est la bonne.

 

Pour le moment, il n'y a pas encore le feu au lac. 4 points de retard sur Nice, ce n'est pas énorme. Mais cela veut tout de même dire ne pas se rater dans les grands rendez vous à venir (Lyon, Marseille et Nice) et battre les "petites équipes", tout en espérant un faux pas du trio de tête. On a déjà connu pareil situation en 2014/15. Donc, restons confiant.

 

Mais ne comptez pas sur moi pour avaliser les choix douteux, les coachings approximatifs, les excès d'autoritarisme. Je ne fais pas dans le lycnhage comme les Riolo et cie (à ce propos, le voir se faire remonter les bretelles par Dupraz avait quelque chose de vraiment rigolo), mais je ne fais dans l'angélisme non plus.

 

Parce que je n'ai pas envie d'une saison blanche qui casserait la dynamique enclenchée il y a 8 ans quand le PSG s'est sauvé in extremis à Sochaux et n'a alors fait que reprendre une marche en avant !